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À l'hôtel des Postes

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À l'hôtel des Postes

Message par Chevalier Pontecorvo le 20/7/2013, 3:24 pm

— Qu'est-ce ?

La porte de la chambre s'entrouvrit et l'étoupe couleur blé d'or d'un coursier apparut dans l'embrasure.

— Les nouvelles. Et une missive pour Monsieur le chevalier.

Affalé sur une bergère décatie, un verre de gin à la main, le chevalier mangeait des olives avaroises. Les nouvelles l'ennuieraient mais il lui fallait rattraper quelques années de révolutions de palais, de réputations & fortunes faites et défaites, de querelles frontalières et autres faits divers tout aussi sordides. L'annonce de la missive en revanche piqua sa curiosité ; ce que venait de trahir un léger sursaut qu'il effaça bien vite en feignant de se lever.

— Posez ça là.

Le coursier mit un pied dans la chambre et tendit un paquet de feuillets et de gazettes sur un guéridon. Le meuble était d'assez belle facture, peut-être même de l'époque que revendiquaient ses initiales entrelacées, « L · L » ; ce qui ne prévenait guère pour autant son parfait bancal. La tablette vacilla. Ignorant délibérément la missive devant le garçon d'étage, le chevalier marmonna, comme pour lui-même, un vague « Voyons-qu'y-a-t-il-aux-spectacles-ce-soir » et attendit que le commis eut déguerpi pour décacheter le pli. Il n'aurait pu tomber plus juste en usant de cette feinte antique.

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Re: À l'hôtel des Postes

Message par Chevalier Pontecorvo le 20/7/2013, 4:03 pm

Édonis à présent était à sa toilette. L'usage d'y passer des heures n'avait pas varié ; l'époque en revanche commandait à présent de se soumettre systématiquement au tub. Bon. En gentilhomme avisé, il s'était amplement lavé les mains de cette masse d'eau tiédasse dont on ne pourrait pas même se faire du café. Cependant une idée plus intéressante traversa l'esprit du chevalier. Ni une ni deux, hop, il enjamba le tas de linge qui jonchait le sol, et s'assit nu comme Adam à son étude, pouf. La plume virevolta furieusement cinq minutes durant, le crissement métallique de l'instrument seul venant troubler le silence forcené auquel se livrait notre homme. L'encre à peine sèche, le feuillet fut mis en pli ; il partirait avec le courrier du soir.

Cette somme d'effort considérable n'ayant pas vaincu Édonis, le rituel-devant-la-glace put reprendre. En fait de glace, Édonis n'avait guère pour s'admirer que son amour-propre. Et en fait de toilette, il lui suffit de quelques nuages de poudre odoriférante pour se rehausser le teint et rajeunir de dix ans. Eh, quoi ! si ce n'était pas l'usage, quels diables d'usages avaient ces Édoranais ?

Le chevalier Gonzague fut bientôt prêt ; ceignant son épée de gentilhomme, il laissa là l'Édonis, occis de la même épée, qu'il retrouverait tard dans la nuit — les promesses de la missive de tout à l'heure dussent-elles être tenues. Pontecorvo allait aux Italiens.

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