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Arrivée à Fort-Saint-Charles

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Arrivée à Fort-Saint-Charles

Message par Franz Biedarzer le 5/7/2016, 9:21 am

"Engagez-vous qu'ils disaient!". Cette plainte bien connue du Corps Expéditionnaire, et d'une bonne partie de l'Armée du reste, Franz Biedarzer y pensa à plusieurs reprises durant le long trajet qui l'amena jusqu'à Fort-Saint-Charles où il avait été affecté. Il avait d'abord fallu rejoindre San Sebastian, puisque bien peu de navires faisaient une liaison directe entre la métropole et Fort-Saint-Charles, puis, à San Sebastian, attendre l'appareillage du navire de ravitaillement du petit protectorat pour qu'enfin, Franz pose le pied dans ce fort qui serait sa maison pendant les prochains mois ou années.

Bref, il avait eu bien des jours et des jours pour repenser aux derniers événements, pour écrire lettre sur lettre, qui ne seraient sûrement pas toutes postées et qui, d'ailleurs, n'arriveraient peut-être pas toutes chez leurs destinataires.
Le jeune lieutenant avait aussi eu tout le loisir pour compulser tous les écrits et autres rapports dont il avait pu prendre connaissance sur Fort-Saint-Charles. Il savait à peu près à quoi s'attendre, à savoir un fort de petite taille, avec une population très réduite, et une importance surtout symbolique: rappeler aux indigènes que les Edoranais étaient leurs supérieurs (Ce dont, évidemment, Franz ne doutait nullement), tout en formant une tête de pont pour l'exploitation minière et pétrolière de la Quetzagonie.
Il avait cherché des écrits détaillant le mode de vie, la façon d'être ou quoi que ce soit concernant les Azcas, les Zaotèques ou les Zarayas, mais n'avait presque rien trouvé. Il aurait aimé mieux connaître ceux contre qui il allait peut-être lutter, mais rien ou presque n'avait été écrit sur eux. Probablement que ça n'avait pas grande importance.

À peine le lieutenant eut posé le pied sur le quai du minuscule port du Fort qu'il comprit que les rapports concernant l'état du Protectorat avait été...embellis...Si l'état général des fortifications, du fort en lui-même et du village était satisfaisant, c'est plutôt l'état des hommes qui semblait poser problème.

Au lieu de se rendre directement au fort lui-même pour se présenter à son supérieur, le commandant du bataillon, Franz se dit qu'une rapide inspection des lieux, à travers le méandre des masures du village et des champs avoisinants, ne pouvait que lui donner une meilleure indication de ce qu'il aurait à faire.
Si les pêcheurs ou les cultivateurs du Fort vaquaient à leur occupation comme si de rien n'était, il n'en était rien pour les prospecteurs et mineurs, en nombre à Fort-Saint-Charles, qui semblaient se tourner les pouces, désœuvrés. Franz savait que si le but premier du Protectorat avait été d'être le point de départ d'expéditions à l'intérieur des terres, pour trouver du minerai et du pétrole, rien n'avait jamais été fait malheureusement, ce qui expliquait le désœuvrement de ces professionnels.

Franz eut pitié d'eux, notamment parce qu'il mesurait la différence qu'il y avait entre lui, jeune officier de l'Armée, à l'avenir tout tracé, et ces pauvres hères qui n'avaient nullement leurs destins entre leurs mains.

Plus inquiétant encore est le laisser-aller des soldats qu'il croise sur sa route. Certains ont l'air débraillé, mal rasé et, franchement, ont l'air d'avoir passé la nuit à avoir bu. D'autres ne portent carrément que la moitié de leurs uniformes, maculés de tâches de terre, de vin ou de sueur. Ce laisser-aller est commun à presque tous les soldats qu'il croise, qu'ils soient de son propre bataillon, reconnaissables à leur uniforme du Corps Expéditionnaire, ou de la garnison même de Fort-Saint-Charles.
Autre chose qu'ils en ont commun: le regard torve qu'ils jettent au Lieutenant Biedarzer, regard teinté de mépris pour certains, de moqueries pour d'autres. Ce jeune lieutenant, harnaché dans son plus bel uniforme, impeccablement repassé, sans la moindre tâche, ils pensent l'avoir jugé au premier regard.

Franz a pu se faire une première idée, il est temps pour lui de rencontrer le commandant de son bataillon.

S'adressant à un gros sergent de son bataillon, probablement le plus sale des soldats que le jeune homme a croisé et qui n'a même pas eu la décence de reboutonner son pantalon avant de sortir de la maison close qu'il vient de quitter:


- Sergent, veuillez m'indiquer où est le bureau du commandant du 1er bataillon!
- Oh, b'jour lieut'nant! Plaisir d'vous voir...Burp...Vous trouv'rez le bureau du chef dans l'fort, l'premier bâtiment à droite que vous entrez par l'porte...Burp...ouest...

Pas un salut. Pas une marque de respect. Où Franz avait-il bien mis les pieds?


Dernière édition par Franz Biedarzer le 5/7/2016, 10:48 am, édité 1 fois
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Re: Arrivée à Fort-Saint-Charles

Message par Franz Biedarzer le 5/7/2016, 10:46 am

- Mon Commandant, le Lieutenant Biedarzer, lança l'ordonnance quand il fit entrer Franz dans le bureau du commandant du 1er bataillon du 11ème RIMA.

Franz entra, sûr et fier de lui, et se mit au garde-à-vous devant le bureau de son supérieur qui n'avait pas levé la tête des papiers qu'il était en train de lire.
Cela laissa à Franz le temps de détailler ce Commandant de Saint-Vié: un homme d'une cinquantaine d'années, l'air sec comme le désert et aussi sévère qu'un coup de trique.

Le lieutenant commençait à transpirer. Il faisait chaud dans le bureau, très chaud (Mais il faisait tout le temps chaud en Quetzagonie en même temps) et passer plusieurs minutes au garde-à-vous, le ventre rentré, les muscles bandés, avait de quoi laisser n'importe qui venant de passer des jours et des jours en bateau sur les rotules.

Finalement, le Commandant de Saint-Vié rompit le silence:


- Dîtes-moi, Lieutenant, que pensez-vous de Fort-Saint-Charles?
- Un Fort dont Sa Majesté Impériale pourrait être fier! La preuve que nous sommes supérieurs aux  sauvages Quetzagoniens! Mais...
- Mais?
- Mais, Commandant, je me dois de vous faire un rapport sur le laisser-aller de certains soldats que j'ai vu dans les rues du village. Ils n'avaient pas la tenue réglementa...

Franz s'interrompit. Saint-Vié venait de se lever d'un coup de sa chaise et toisait Franz avec colère.

- Lieutenant, je vous arrête tout de suite! Je m'en fous de votre rapport! Je m'en fous de vous d'ailleurs! On a dû vous dire que le bataillon manquait d'officiers supérieurs, n'est-ce pas? Je voulais qu'on m'envoie des officiers expérimentés, habitués aux défis coloniaux. À la place, on m'envoie un lieutenant, sans expérience, tout frais émoulu de l'École Spéciale Impériale et qui doit probablement se poudrer le cul pour faire croire qu'il est meilleur que les autres!

Franz est blême. Il ne s'attendait pas à ça. Pas du tout.

- Que je vous explique, Lieutenant: que les hommes du bataillon se laissent un peu aller, je le sais et je ne vois rien de mal à ça. Pourquoi? Parce que nous sommes à Fort-Saint-Charles! Le plus petit protectorat de l'Empire, qui ne compte que quelques milliers d'habitants, et qui est entouré d'indigènes, avec leurs armées de dizaines de milliers d'hommes! Que ces sauvages aient un armement ridicule, je vous le concède, mais ne les sous-estimez pas! Ce sont des hommes durs, et fourbes! On ne sait jamais ce qu'ils pensent de nous! Ce qu'ils vont nous faire!
Si nos hommes ne sont pas habillés d'un tout bel uniforme comme vous, tout propres sur eux comme vous, petit coq, c'est parce qu'ils savent que demain, ils vont peut-être se faire trucider! Vous avez entendu parler des Azcas, j'imagine? Vous savez que depuis que les huiles de l'Armée ont décidé de balancer du gaz Ketchup sur leur capitale, tuant des milliers d'innocents chez eux, ils ne rêvent que de nous choper, de nous couper les burnes et de nous les faire bouffer?

La tirade du Commandant l'avait laissé à bout de souffle, à croire que dès qu'il avait reçu la nouvelle de l'arrivée de Franz à Fort-Saint-Charles, il avait préparé cette diatribe à lui balancer.

- Asseyez-vous, Lieutenant...Vous voyez, vous ne connaissez rien à la Quetzagonie. Vous ne pouvez pas débarquer dans mon bureau, tout fier, et me faire des rapports à la con sur des choses dont on n'a rien à faire!
- Oui, Commandant! Toutes mes excuses, Commandant!
- Maintenant que c'est dit, maintenant que vous avez compris, ou avez l'air d'avoir compris, on va commencer votre véritable formation: être dans le Corps Expéditionnaire, perdus dans les confins de l'Empire, ça ne s'apprend pas à l'École. Que pensez-vous devoir faire à présent, Lieutenant?
- Mon Commandant, j'ai remarqué beaucoup de prospecteurs et mineurs inutilisés dans le village. Je demande la permission de monter une expédition pour explorer et prospecter. Cela me permettra de mieux connaître les hommes de ma compagnie et de découvrir la Quetzagonie.
- Hum. Ambitieux. Et dangereux. Il est vrai qu'on a exploré les alentours de Fort-Saint-Charles, à la recherche d'or, pétrole et autres minerais et nous n'avons rien trouvé d'intéressant. Prenez une petite force, jusqu'à la frontière ouest du territoire des Zarayas. Au moindre signe de danger, vous rentrez, comme si vous aviez le feu au cul!
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